Just Follow Law (article cinéma de 2008)

C’est l’heure de reprendre la publication de mes archives. Aujourd’hui, on aborde la période été 2008, celle ou j’ai vraiment commencé à bosser un peu la rédaction de mes articles, et à regarder des films vraiment improbables, comme Just Follow Law.  Si j’ai des annotations so 2016 à faire, je ferai ça en italique dans le texte.

Partie 1 : Approche Sociologique

Avouez que vous ne connaissez rien au cinéma Singapourien.
NON MAIS AVOUEZ QUOI !

 

Moi non plus.
Mais faut bien commencer quelque part. Ceci dit, contrairement à un certain nombre d’entre vous, je connais pas mal de trucs sur Singapour.
Donc mon article se scindera en deux parties.
La première sera un rappel de quelques données essentielles à la compréhension de la société Singapourienne. La deuxième sera une présentation du blockbuster que je vais ici reviewer :
just_follow_law

En bref, cette comédie nous cause des rapports des Singapouriens avec l’autorité, la loi et la prise de décision.

Quel bagage informatif vous faut-il pour ce film ?
1) Singapour est avant tout l’état qui possède le plus grand nombre de lois par habitant. C’est un état extrêmement légiférateur, qui organise absolument chaque minute de la vie d’un citoyen par une loi ou un règlement. La consommation de chewing-gum, la manière de danser sur les tables, le volume d’arrosage des fleurs, les relations sexuelles sont organisées par des dizaines et des dizaines de lois, scrupuleusement observées par les citoyens, terrifiés à l’idée de contribuer à l’asticieux système de taxation indirecte de cet état insulaire : les amandes de 500$, infligées en masse aux passants qui n’observent pas strictement la loi.
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la scène d’ouverture de Just Follow Law peint l’acte extrême de rebellion du héros traversant au rouge, et tombant presque dans les pommes à l’apparition de la police. Nottez le côté absolument impeccable de la chaussée, des haies, des facades, etc. (nb : tous ces trucs sur l’hygiène ont pour origine le fait que cette île est, de base, un gros marécage plein de malaria recouvert d’immeubles gigantesques entassés sur pas beaucoup d’espace, d’où un certain rigorisme sur la propreté)

2) Singapour est l’Etat le plus propre du monde. Le fait de jeter un papier gras par terre pouvant vous envoyer en prison, Singapour ferait passer la Suisse pour un escar de pestiféré.
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Le seul pays ou un tas de carton constitue un gag en soi. Sans même que quiconque ait à se jeter dedans. LOL un tas de carton par terre, n’importe quoi !!!!!!

3) Singapour est une société multiculturelle très particulière. Les autochtones (austro-mélanésiens, pour faire rapide) sont depuis des siècles en minorité, à cause d’une très forte communauté chinoise composant 75% de la population. Mais il y a aussi des Indiens, des Philippins, quelques blancs… D’ou, dans Just Follow Law, un paquet de blagues « ethniques » qui me passent un peu au dessus, j’avoue. Ceci dit, on remarque dans le film une réalité assez tragique de Singapour : ce qui n’est pas Chinois occupe automatiquement une position sociale subalterne.

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Le conseil d’administration dans le film, est composé uniquement de Chinois, dont un des acteurs les plus obèses que j’ai jamais vu, mais je réserve ça pour la partie critique.

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Un indien qui fait le vigile. Il chante tout le temps (lololol blague ethnique ?) et son chef indien a une grosse moustache et de la gomina.

4) Singapour, en vertue de son passé colonial et de sa multiethnicité, possède quatre langages officiels et demie. L’anglais (langue scolaire, langue d’affaires, langue gouvernementale…) Le Mandarin (langue commune de la communauté chinoise) la Tamil (langue des indiens) le Malay (langue des autochtones) et le « Singlish » (le créole anglais parlé en pratique par la plupart des habitants). Just Follow Law contient énormément de vannes jouant sur ces multiples langages.
C’est assez déroutant, d’ailleurs. L’héroïne (donc directrice huppée d’un service gouvernemental) s’exprime en très bon anglais. Le héros mélange Singhlish, Anglais et Mandarin, et passe d’une langue à l’autre sans que ça choque personne (enfin si, moi, puisqu’entendre un mot en anglais, un mot en chinois et un mot en charabia à la suite a un effet assez perturbant). D’autres personnages n’utilisent que le Chinois, notamment lors d’une scène où une sorte de gourou hystérique se lance dans une considérations profonde (et très mal traduite par son interprète) sur les chances de réussites d’un envoûtement. Ça a l’air d’être fait pour faire rire… Et je ne doute pas que le Singapourien moyen se pisse dessus en le voyant !

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disons lol et n’en parlons plus.

5) Singapour est une société militaire et autoritaire, mais étrangement assez libérale en ce qui concerne les mœurs (plus libérale que les Etats qui l’entourent, quoi…). Même si on en est pas encore au stade Earth Girl Are Easy, on peut quand même faire un nombre étonnant d’allusions en dessous de la ceinture par rapport à, mettons, la Chine toute proche.

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Eh ouais, enfin des chinoises cinématographiques avec des blagues de nichons. Héritage du bon goût colonial British.

6) Et j’en terminerais là : pour comprendre le film (et une bonne partie des vannes), il faut comprendre une notion sociologique Singapourienne connue sous le nom (authentique…) de NO U-TURN SYNDROM. Oui oui, NO U. Le No U-Turn Syndrom (ou NUTS, notez l’humour manifestement très développé des Singapouriens…) est l’attitude à ne jamais agir même pour prendre la plus infime décision sans avoir reçu l’aval préalable de leur supérieur, qui n’agira pas lui même sans l’aval préalable du sien, qui lui même, etc. Le nom provient de l’interdiction formelle de faire demi-tour sur les routes de Singapour avant d’avoir croisé un panneau adéquat, ce qui peut conduire à faire de très longs détours si on se plante de route (oui en même temps Singapour c’est pas grand, mais bon.) Le NUTS est en fait le sujet au coeur de Just Follow Law. Et manifestement, pour les Singapouriens, c’est à la fois un terrifiant problème social et une source de vannes inépuisables.

Mon article est donc tout fait pour demain (bande de veinards) (non mais en 2016 je vous le remet direct juste en dessous kom mem) puisque je passerais à la partie purement critique de ce film que j’avais téléchargé* parce que ça avait l’air d’un nanar** mais qui s’est avéré franchement surprenant (enfin bon, j’ai pas encore tout a fait fini de le mater, ce qui explique cet article documentaire. mais je suis sur que vous avez appris plein de trucs !)

* Je n’aurais pas l’hypocrisie de dire que j’ai acheté le DVD en Zone 6… Sans le biais du téléchargement je n’aurais même jamais ENTENDU PARLER de ce film.
** En gros le synopsis : Un ouvrier moche et pauvre et une directrice de service administratif canon et riche échangent leurs corps après un accident de voiture, le tout sur fond de peinture sociale de la société conformiste Singapourienne. Remplacez Singapour par Saint-Tropez et on dirait un synopsis de Max Pecas !

La review

Reprenons.

Just Follow Law est donc un film Singapourien, et je vous reporte à l’article précédent en ce qui concerne le côté purement sociologique et les screenshots en rapport. Passons au côté purement cinématographique.

Justo Follow Law nous raconte l’histoire de Tania Chew (nb : elle ne mâche pas ses mots haha), responsable du bureau des animations de l’ANPE Singapourienne (pour autant qu’on puisse faire la conversion, quoi…), riche patronne autoritaire, fanatique du règlement et totalement atteinte du No U-Turn Syndrom. L’autre protagoniste est le pauvre Lim Teng Zui, technicien veuf et bordélique bien en peine dans l’éducation de sa fille.
Un beau jour, l’incapacité de l’ensemble du personnel administratif à prendre une décision correcte amène un gros tas d’ordure à se retrouver sur la parking de l’asministration à quelques heures de la visite d’un ministre chinois. Lim Teng Zui et ses copains se retrouvent obligés de monter un panneau géant et de le faire tenir avec du scotch (trop d’autorisations requises pour avoir des clous). Bien entendu, ce qui doit arriver doit arriver, et le ministre chinois se vautre dans les cartons dégueux.
Lim et Tanya ont alors une violente engueulade à propos du fait de suivre ou non les règles, et dans la foulée ont un accident de voiture dont ils réchappent miraculeusement… Après avoir échangé leurs personnalités. Lim devient donc de facto patron de son service, alors que Tania se retrouve obligée de changer des ampoules. Dans les deux cas, la catastrophe se profile.

Bon. Just Follaw Law, autant le dire tout de suite, n’a pas une intrigue à tiroir à la Usual Suspect, le récit est linéaire, les « rebondissements » en sont à peine, et le tout à ce côté extrêmement « cinéma asiatique populaire » ou les sentiments intenses sont soulignés par de longs et lents flashbacks mélodramatiques. Bon, ça n’arrive que deux ou trois fois dans le film, mais ça entache un peu l’histoire, je ne dois pas être assez oriental.
Donc, assimilons donc le fait que Just Follow Law ne révolutionnera pas les codes dramatiques du cinéma, mais Oldelaf et Monsieur D n’apportent rien à la musique, ça m’empêche pas d’acheter leurs albums. (so 2008)
Just Follow Law est en fait un film qui a une qualité énorme, gigantesque et inestimable : il est PUTAINEMENT DROLE. Ce film manie à peu près tous les registres d’humour : comique de situation, comique sexuel au sens anatomique du terme (bon, toutes les vannes possibles et imaginables sur l’échange de sexe…), comique en dessous de la ceinture, comique sociétal, culturel, religieux, absurde, administratif, de langue, visuel, et même une petite dose de comique qu’on comprend pas parce qu’on sent bien qu’il faut être Singapourien pour comprendre.
Jack Neo, vétéran de la comédie Singapourienne livre un travail extrêmement propre, ou les gags s’enchaînent sans répit et sans jamais atteindre le fameux « gag » de trop qui fait toussoter avec gêne même le bon public, bon public, bon public *air connu*°. Même si comme je l’ai dit sa réalisation ne casse pas des briques, on sent tout de même que y’a du putain de travail derrière : les plans sont léchés, la photographie est particulièrement bien foutue, les effets spéciaux sont assez marrants… Et le réalisateur arrive à rendre presque palpable l’affreuse propreté maladive de l’Ile.
Mais le gros point fort de Just Follow Law, en plus de la critique sociale acerbe qu’il dresse du monde de l’entreprise Singapourienne, c’est le casting. Je pense que c’est réellement ce que je retiendrais de ce film : le jeu extrêmement juste et hilarant des deux acteurs principaux, Fann Wong et Gurmit Singh. Autant dans leur sexe que dans celui de l’autre, ils habitent littéralement leur personnage avec une perfection que j’ai rarement vue dans les films que j’ai maté ces derniers temps (j’ai pas eu de bol, attendez ma review de The Tripper….). Les rôles secondaires sont tout aussi excellents, et la galerie de portraits dressée par Jack Neo est irrésistible. J’ai une tendresse particulière pour le personnage d’Eric, joué par Moses Lim, qui ressemble tellement à un cochon obèse dans ce film que j’ai courru m’acheter un jambonneau au Match dès la fin du film.

Alors, bien sûr, n’oublions pas que ce film à des défauts. Quelques longueurs, à peu près autant de rebondissement qu’un match de Rugby entre le Sealand et les Sping Box (mais quelques éléments d’ending assez originaux quand même… Je ne spoile point.), pas mal de vannes qui passent un peu au dessus de l’occidental moyen, un sous-titrage en anglais affreusement approximatif (pas la faute de l’équipe du film ceci dit…), et un dénouement un peu bordélique.
Sais ça ne suffit pas à plomber toutes les immenses crises de rire que je me suis tapé devant JUST FOLLOW LAW !!!!!

Et je me dis que pour les Singapouriens, les Français doivent vraiment, mais alors vraiment passer pour des sauvages !

° vous voyez ça c’était celle de trop.

Tous mes articles cinéma sont ici

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