Criss de Beck

Article de l’été 2009 qui parle d’un de mes manga préférés de l’époque. annotations en italique s’il y en a.

J’aime beaucoup Beck. Le manga, Beck.
C’est un Shonen. Sauf que c’est un Shonen intelligent. Comme dans tous les shonen qui se respectent ça commence avec un looser quelconque qui est en fait très doué dans un truc, progresse, fait des tournois et vise la gloire et l’amour. En l’occurence, pas de ninjutsu, mais du bon vieux rock’n’roll.
Sauf que malgré tous les clichés qui le constituent, Beck a ce qui manque a tous les autres pour être freakin addictif.

beck

Beck est un manga laid, assez xénophobe (et montrant un paradoxal complexe d’infériorité japonais), qui avance trop lentement, et qui représente un investissement de dizaines de tomes plutôt chers qui se lisent en un quart d’heure chacun. Qualitativement, c’est comme Gantz, donc, sauf qu’en plus, c’est assez laid.
L’anime qui en a été tiré, quand à lui, est carrément indigent, bande son mise à part. l’OST claque, un truc de malade. Heureusement, parce que tout le reste est strawberry : le chara design est foireux, l’animation inexistante (et recourant aux économies les plus dégueulasses à base de plan fixes, de réutilisations de plans et de personnages parlant de dos. Tout le temps), et le rythme encore moins bien géré que dans le manga. La version française que j’ai eu la chance de compulser est quand à elle confondante de débilité, avec en particulier la voix de Maho, supposément anglophone, qui s’exprime avec un accent franchouillard consternant « You fouquingue bastarrrde go aoué ». La voix de M. Saito, je préfère ne même pas en parler, imaginez un quadragénaire pervers qui parle en français avec la voix de Renge dans Air Master, et pleurez. Oui je sais, la VF cay le mal. Mon disque dur est plein, je n’ai pas envie d’acheter cet anime, et il parait que la ministre de la culture kiffe le streaming anarchique -elle ne sait pas que c’est illégal, mais elle dit beaucoup de choses*-. misère y’a tellement rien qui a changé ces huit dernières années…

Un point sur le racisme et l’auto-dépréciation.
Beck, si ça sortait en France dessiné par un auteur français, même le Club de l’Horloge ne voudrait sans doute pas l’éditer. En gros, dans Beck, les japonais sont minables, faibles et lâche. Mais c’est rien à côté des gaijins. Pervers, moches, violeurs, tueurs, dealers -surtout les noirs-, escrocs : les étrangers représentent SYSTEMATIQUEMENT quelque chose de négatif, un danger ou une source de problème dans les pages de BECK. On est assez loin de la subtilité d’un Naoki Urasawa dans Monster, avec son médecin fugitif japonais perdu au fin fond de l’Allemagne de l’est des nineties.
Ajoutez à ça que, bien sûr, dans Beck, les japonaises sont des prudasses avec les pieds en dedans et que les étrangères -ou les japonaises exilées- c’est des putes.
Le fait que les japonais soient montrés comme un des peuples les plus lamentables de cette galerie qui oscille entre la caricature et le sérieux un peu dérangeant neutralise un peu la vision sérieusement anti-occidentale de ce manga.
NB : avec le recul, je ne pense pas qu’Harold Sakamoto soit franchement raciste, hein, c’est juste qu’il a ce petit truc très jap qui fait qu’il est à la fois sincèrement fasciné par l’occident et sa culture -rock en l’occurence- et qu’il s’assiéra pas à côté de toi dans la rame de métro.

Alors, voilà, Beck, ça marche quand même. C’est laid, c’est douteux, ça sent la frustration nippone à chaque page, c’est relativement prévisible (une galère, un entrainement, on surmonte la galère avec des efforts, le héros devient plus fort, puis une nouvelle galère, un entrainement, etc.) et chaque tome coûte à peu près 50 centimes la minute de lecture.
Mais pourquoi ça marche ?

beck2

Parce que l’auteur, il y a croît à son truc. ça se sent. Il aime ce qu’il fait, il y a une passion totalement énorme dans Beck. Quand les personnages vibrent, l’auteur vibre. Le lecteur vibre. On entend leur musique, on est avec eux dans la salle de concert. Et à chaque fois, on se laisse avoir : Beck a une intensité presque surnaturelle.
Et l’autre truc, c’est le héros. Koyuki. Naruto, on ne va pas en débattre, pas la peine. Mais étendons au héros de Shonen de base. En gros, c’est systématiquement un mec doué, qui part de 0 et qui, à force de sang et de larmes, atteint le niveau over nine thousand. Parfois, il l’atteint même dès le premier tome (Yakitate Japan, ou le héros a déjà ses 40 et quelques recettes de la mort dans la manche (lecteur de 2016, ça marche aussi avec food wars)), voire avant (Kensin le Vagabond est déjà quasiment immortel quinze ans avant le début du tome 1). Et finalement, on en a vite plus rien à foutre du héros, qui est un petit gars sympa qui n’a qu’a s’entraîner trois ans dans un désert avec des sabliers géants pour vaincre tous les Saïens possibles et imaginables.
Dans Beck, ça a une autre gueule. Déjà, le héros est un mec relativement médiocre de caractère. Gagne petit, renonçant facilement, pas toujours très courageux, changeant assez facilement de flirt et pas très persévérant, tombant assez souvent sans forcément se relever. Au début du manga, il a 14 ans, et on était tous comme ça à 14 ans. Même quand on était doués dans un truc (dans le cas de Koyuki, le chant), la plupart des trucs qu’on faisait étaient merdiques (d’ailleurs, Koyuki est relativement une daube à la guitare et le reste longtemps), et quant au relationnel… C’est pas la période la plus top. C’est peut-être le seul shonen ou j’ai ressenti ça : quand Koyuki a 14 ans, on sent qu’il a 14 ans. Plus les tomes et les années passent, plus il évolue normalement. Pas comme un mutant qui est capable en trois mois de passer de n00b de la jungle à destructeur d’une armée de fourmis antropophages avec sa licence de Hunter en règle. De ce point de vue, la lenteur de ce manga le rend terriblement crédible.

beck3

Beck, c’est l’illustration parfaite de deux qualités qui manquent a bien des auteurs : arriver à pondre un héros attachant, et faire baigner son oeuvre dans une ambiance en permanence intense.
D’ailleurs, à chaque fois que le manga s’éloigne de cette ambiance de petit groupe qui monte en puissance (par exemple, pour nous raconter comment un des personnages se fait torturer par les vilains rappeurs qu’il a arnaqué aux states), c’est à la fois grotesque et sans le moindre intérêt. Mais que Koyuki se pose des questions pendant dix pages pour savoir si ça vaut le coup de jouer de la guitare ou s’il vaut mieux aller draguer, là on y croit à fond la caisse.

Yay.

* Mais si c’est du streaming illégal sur une plate-forme appartenant à TF1, est-ce que c’est vraiment illégal ?1227796916339

considération so deux-mille-hui… Attendez, TF1 a bien fini par fermer sa plate-forme de piratage au moins ?

Un bonus : un morceau de bravoure des doubleurs en folie

beckaffreux

Mes autres articles manga et animés traînent en bas de ton immeuble par-là.

2 réflexions au sujet de « Criss de Beck »

  1. Je ne me souviens absolument pas de ce que tu décris sur la xenophobie et la self-deprecation de Beck, ceci dit j’ai fini par arrêter la lecture du manga par manque d’intérêt.

    En fait moi ce qui me manquait vraiment dans ce manga, c’est que le support ne me semblait pas adapté à l’histoire : tu as là un mec dont la caractéristique est d’avoir une voix exceptionnelle… mais qui ne peut être retransmise dans des cases. Dès qu’il pousse un peu les watts on a 10 pages d’un mec la gueule ouverte dont il ne sort aucun son (puisqu’il n’y a pas de paroles).
    Du coup outre que c’est chiant à lire dans ce type de chapitres, ça me paraissait dommage. Je me suis toujours dit que ça marcherait mieux en anime, avec un vrai chanteur.

    J'aime

    1. Le truc sur les étrangers (et la self depreciation) ça m’a surtout frappé à la deuxième lecture en fait. Il passe son temps à accabler les japonais (nuls, lâches, percent pas à l’international) mais TOUS les étrangers sont des gangsters ou des mecs tordus.
      C’est plus une ambiance qu’une thèse, hein.

      Sinon, c’est pour la raison que tu décris que j’avais commencé à regarder l’animé, qui avait une OST splendide.

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s